Le guide
Diffuser un film en public : droits de projection, association, école, ciné-club

Diffuser un film en public : droits de projection, association, école, ciné-club

Par Lucie Varambon · publié le 25 septembre 2026 · mis à jour le 25 septembre 2026

À retenir

  • Une projection hors cercle de famille est une représentation publique soumise à autorisation
  • Les associations, écoles et ciné-clubs bénéficient de régimes dérogatoires encadrés par le CNC
  • La SACEM et les ayants droit doivent être rémunérés sauf exception légale
  • Le plein air et les séances itinérantes suivent des règles spécifiques
  • Le non-respect expose à des sanctions civiles et pénales

Diffuser un film devant un public, même gratuitement, constitue une représentation publique au sens du code de la propriété intellectuelle. Elle nécessite l'autorisation des ayants droit, sauf régimes dérogatoires strictement encadrés pour les associations, établissements scolaires, ciné-clubs et séances en plein air.

Qu'est-ce qu'une projection publique au regard du droit ?

L'article L122-2 du code de la propriété intellectuelle définit la représentation publique comme la communication de l'œuvre au public par un procédé quelconque. Le cercle de famille constitue la seule exception de principe : les représentations privées et gratuites effectuées exclusivement dans un cercle de famille ne nécessitent pas d'autorisation (CPI art. L122-5, 1°). Dès lors que la séance dépasse ce cadre (local associatif, salle des fêtes, classe, cinéma de plein air), elle bascule dans le régime de la représentation publique.

Le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) précise que toute diffusion non commerciale organisée hors cercle de famille relève de la « diffusion non commerciale » et doit respecter les dispositions du code du cinéma et de l'image animée ainsi que celles du code de la propriété intellectuelle. Cette distinction est fondamentale : elle sépare l'exploitation commerciale en salle (soumise au visa d'exploitation) de la diffusion à but culturel, éducatif ou social.

Le régime général : l'autorisation des ayants droit

Avant même de chercher un film, l'organisateur doit comprendre la chaîne des droits. Une œuvre audiovisuelle est une œuvre de collaboration (CPI art. L113-7) : les auteurs présumés sont l'auteur du scénario, de l'adaptation, des dialogues, du compositeur de musique originale et le réalisateur. Le producteur, par le contrat de production (CPI art. L132-24), bénéficie d'une cession des droits d'exploitation. Pour une projection publique, il faut donc l'accord du producteur (ou son mandataire) pour le support, et le règlement des droits d'auteur auprès des sociétés de perception. Cette démarche s'inscrit dans le même cadre que l'autorisation de tournage qui, elle, concerne l'étape amont de la création.

En dehors des exceptions légales, l'organisateur doit obtenir l'accord des titulaires de droits : producteur (droits sur le support), auteurs (scénario, réalisation, musique), et éventuellement éditeur vidéo. Cette autorisation prend la forme d'une licence de projection délivrée par le distributeur ou un mandataire (CNC, ADRC, sociétés de perception).

La rémunération couvre deux volets : les droits d'auteur (SACEM pour la musique, SACD/SCAM pour l'œuvre audiovisuelle) et les droits voisins (producteur, artistes-interprètes via l'ADAMI, la SPEDIDAM). Le montant varie selon le type de film, la jauge, le prix du billet (même symbolique) et le nombre de séances.

Les associations et groupements sans but lucratif

Le CNC encadre un régime dérogatoire pour les associations ou groupements agissant sans but lucratif. Pour en bénéficier, la séance doit remplir plusieurs conditions cumulatives :

  • L'organisateur est une association loi 1901 ou un groupement sans but lucratif
  • La séance est accessible au public, mais sans but commercial
  • Le prix d'entrée, s'il existe, ne couvre que les frais techniques (location salle, matériel, affranchissement)
  • L'association a conclu un contrat avec un distributeur agréé pour la diffusion non commerciale
  • La déclaration préalable auprès du CNC est effectuée selon les modalités en vigueur

Ce régime ne dispense pas du paiement des droits d'auteur et droits voisins. Il simplifie l'accès aux films en permettant de s'adresser aux distributeurs spécialisés en diffusion non commerciale plutôt qu'aux exploitants commerciaux. La question du droit à l'image peut aussi se poser si la séance est filmée ou photographiée pour communication ultérieure.

Les ciné-clubs : un cadre spécifique

Les ciné-clubs bénéficient d'un régime propre, distinct des associations ordinaires. Pour être reconnu comme ciné-club au sens de la réglementation CNC, la structure doit :

  • Avoir pour objet exclusif ou principal la diffusion cinématographique à but culturel
  • Fonctionner de manière régulière (programmation suivie, pas seulement événementielle)
  • Être déclarée auprès du CNC et tenir un registre des séances
  • Respecter les contingents de séances et les conditions de programmation fixées par arrêté

En contrepartie, les ciné-clubs accèdent à des conditions tarifaires négociées collectivement auprès des distributeurs de films pour la diffusion non commerciale. Ils peuvent également projeter des films sans visa d'exploitation sous réserve de respecter les règles de classification (interdiction aux mineurs selon les catégories). Cette exemption de visa vaut uniquement pour les films déjà classés ; les œuvres non classées restent soumises à la procédure habituelle.

La fédération nationale des ciné-clubs (FNCC) et les fédérations régionales accompagnent les structures dans leurs démarches : adhésion, déclaration CNC, mise en relation avec les distributeurs (ADRC, Cinémathèque française, distributeurs indépendants), gestion des droits SACEM/SACD. Le registre des séances, tenu à jour, mentionne pour chaque projection : titre, réalisateur, distributeur, date, lieu, nombre de spectateurs, recettes. Ce document est indispensable en cas de contrôle.

Les établissements scolaires et services publics

L'exception pédagogique (CPI art. L122-5, 3° e) autorise la représentation d'extraits d'œuvres à des fins exclusives d'illustration dans l'enseignement et la recherche. Pour une projection intégrale en contexte scolaire, le CNC prévoit un régime dédié aux services publics :

  • Établissements d'enseignement publics ou privés sous contrat
  • Séances organisées dans le cadre du projet d'établissement ou d'action pédagogique
  • Public composé majoritairement d'élèves, étudiants, enseignants ou chercheurs directement concernés
  • Aucune exploitation commerciale, aucune publicité
  • Rémunération forfaitaire négociée (souvent via la CFC, Centre français d'exploitation du droit de copie)

Les films conçus à des fins pédagogiques, les éditions numériques de l'écrit et les partitions de musique sont exclus de cette exception. En pratique, les établissements passent par des conventions académiques ou des plateformes dédiées (type LaCinetek, Arte Campus, ou les offres des distributeurs éducatifs) qui intègrent les droits dans l'abonnement. Pour un festival scolaire ou une semaine du cinéma, l'organisateur contacte directement les distributeurs agréés diffusion non commerciale qui proposent des catalogues « jeunesse » ou « patrimoine » adaptés.

Les séances en plein air et itinérantes

Les projections en plein air (parcs, places, cinémas itinérants) suivent des règles particulières :

  • Autorisation administrative (mairie, préfecture selon la jauge et l'occupation du domaine public)
  • Respect des dispositions communes aux séances non commerciales (horaires, niveau sonore, sécurité)
  • Contrat avec un distributeur agréé diffusion non commerciale
  • Déclaration CNC si l'organisateur est une association ou un service public
  • Visa d'exploitation obligatoire pour les films classés (interdiction aux moins de 12, 16, 18 ans, X) sauf dérogation ciné-club

Les cinémas itinérants (camions cinéma, circuits régionaux) disposent d'agréments spécifiques et de conventions avec les distributeurs pour desservir des territoires sous-équipés. En région, les dispositifs « Cinéma à la belle étoile » ou « Cinémobile » sont souvent portés par les conseils départementaux, les DRAC ou les associations départementales. La logistique (écran gonflable, projecteur, sonorisation, groupe électrogène) doit respecter les normes de sécurité publique (ERP de plein air). L'organisateur anticipe les aléas météo : report, repli en salle, annulation selon les clauses du contrat distributeur.

Dispositions communes à toutes les séances non commerciales

Quelle que soit la catégorie (association, ciné-club, école, plein air), le CNC impose des règles transversales :

  • Interdiction de toute publicité commerciale avant, pendant, après la séance (sauf partenaires institutionnels)
  • Respect de l'intégrité de l'œuvre : pas de coupure, pas de montage, pas de sous-titrage non autorisé
  • Affichage visible de la classification (tous publics, -12, -16, -18, X) à l'entrée
  • Contrôle des accès pour les films interdits aux mineurs
  • Tenue d'un registre des séances (titre, date, nombre d'entrées, distributeur)
  • Respect des quotas de films d'initiative française si applicables à la structure

Ces dispositions visent à garantir le respect des droits moraux des auteurs (intégrité de l'œuvre, droit au nom) et la protection des publics mineurs. Le registre des séances, au-delà de l'obligation réglementaire, constitue une preuve de bonne foi en cas de litige. Il doit être conservé pendant la durée prévue par la réglementation en vigueur et présenté à toute réquisition des services du CNC ou des sociétés de perception.

Type d'organisateurRégime applicableAutorisation requiseDroits à verser
Association loi 1901Diffusion non commerciale (associations)Contrat distributeur agréé + déclaration CNCDroits d'auteur + droits voisins
Ciné-club déclaré CNCRégime ciné-clubAgrément CNC + contrat distributeurTarifs négociés collectivement
Établissement scolaireException pédagogique (extraits) ou régime services publics (intégral)Contrat CFC ou distributeur agrééRémunération forfaitaire
Collectivité (plein air)Diffusion non commerciale (services publics)Autorisation administrative + contrat distributeurDroits d'auteur + droits voisins

Le rôle de la SACEM et des sociétés de perception

La SACEM perçoit les droits d'auteur sur la musique synchronisée dans le film (bande originale, chansons préexistantes). La SACD et la SCAM gèrent les droits des auteurs de l'œuvre audiovisuelle (scénario, réalisation, dialogues). Pour les droits voisins, l'ADAMI et la SPEDIDAM collectent pour les artistes-interprètes, la SCPP et la SPPF pour les producteurs phonographiques.

L'organisateur déclare ses séances auprès de ces sociétés qui émettent les factures correspondantes. Les ciné-clubs et certaines associations bénéficient de conventions cadre simplifiant ces démarches. Il est recommandé d'anticiper les déclarations : certaines sociétés exigent un délai de plusieurs semaines avant la séance pour émettre la licence. Le non-paiement ou la non-déclaration expose au recouvrement contentieux et aux sanctions pour contrefaçon.

Sanctions en cas de projection sans autorisation

L'article L335-2 du code de la propriété intellectuelle sanctionne le délit de contrefaçon : trois ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende pour la représentation publique sans autorisation. Les articles L335-5 et L335-6 du même code prévoient des peines complémentaires (fermeture de l'établissement, confiscation du matériel et des recettes). En matière civile, l'ayant droit peut obtenir réparation du préjudice (dommages-intérêts, publication du jugement).

Au-delà des sanctions pénales, l'organisateur s'expose à une action en responsabilité civile pour parasitisme ou concurrence déloyale s'il tire un profit indirect de la projection (notoriété, adhésions, subventions). Les sociétés de perception disposent de pouvoirs d'investigation (huissiers, contrôles sur place) et peuvent réclamer le paiement des droits majorés d'indemnités forfaitaires. La jurisprudence considère que la méconnaissance des régimes dérogatoires CNC (absence de déclaration, contrat non agréé) constitue une contrefaçon caractérisée.

!

Exemple concret : un ciné-club étudiant

Une association étudiante programme un cycle « Cinéma japonais » dans l'amphi de la fac. Elle adhère à la fédération nationale des ciné-clubs, obtient l'agrément CNC, signe un contrat avec un distributeur spécialisé (type ADRC, Cinémathèque, ou distributeur indépendant), déclare ses séances à la SACEM/SACD, affiche les classifications, tient le registre. Elle peut projeter des films récents sans visa d'exploitation commercial, dans le respect des interdictions aux mineurs.

Autre exemple : une mairie organise une séance « Cinéma en plein air » en juillet. Elle demande l'autorisation d'occupation du domaine public, signe un contrat avec un distributeur agréé pour un film « tous publics », déclare la séance à la SACEM (musique) et à la SACD/SCAM (œuvre audiovisuelle), fait appel à un prestataire technique pour l'écran et la sonorisation, affiche la classification à l'entrée. La mairie paie les droits selon la jauge estimée et le tarif non lucratif. En cas de pluie, le contrat prévoit un report ou un remboursement partiel des droits.

Questions fréquentes

Faut-il une autorisation pour passer un film lors d'une fête de village gratuite ?

Oui. La gratuité ne change pas la nature de représentation publique. Il faut un contrat avec un distributeur agréé diffusion non commerciale et régler les droits d'auteur (SACEM, SACD/SCAM) et droits voisins.

Un professeur peut-il passer un film intégral en classe sans autorisation ?

Non. L'exception pédagogique ne couvre que des extraits justifiés par l'illustration du cours. Pour un film intégral, il faut un contrat (souvent via la CFC ou un distributeur agréé) et le public doit être composé d'élèves/enseignants concernés par le projet pédagogique.

Un ciné-club peut-il projeter un film classé « interdit aux moins de 16 ans » ?

Oui, mais il doit contrôler l'âge à l'entrée et interdire l'accès aux mineurs de moins de 16 ans. Le visa d'exploitation n'est pas requis pour les ciné-clubs agréés, mais la classification s'impose.

Peut-on projeter un DVD ou un Blu-ray acheté dans le commerce lors d'une séance associative ?

Non. L'achat d'un support physique ne confère qu'un droit d'usage privé (cercle de famille). La projection publique nécessite une licence distincte auprès d'un distributeur agréé, qui fournit un fichier ou une copie adaptée (DCP, Blu-ray pro) avec les autorisations.

Qui paie les droits pour une séance organisée par la mairie en plein air ?

La collectivité organisatrice. Elle contracte avec un distributeur agréé diffusion non commerciale et déclare la séance aux sociétés de perception (SACEM, SACD/SCAM, ADAMI/SPEDIDAM, SCPP/SPPF). Les tarifs tiennent compte du caractère non lucratif et de la jauge.

Tous nos dossiers sur le droit, la justice et le cinéma sont réunis sur la page d'accueil.

Lucie Varambon, rédactrice en chef. Cinéphile et passionnée de justice, elle a animé pendant des années des ciné-débats sur le procès pénal. Chaque article est vérifié sur les textes officiels.