À retenir
- Un procès réunit trois familles d'acteurs : les magistrats (juges et parquet), les parties et leurs avocats, et les auxiliaires de justice comme le greffier ou l'expert
- Le rôle du juge n'est pas d'enquêter mais de trancher un litige dans le respect du principe du contradictoire, après avoir entendu les deux parties
- L'avocat de la partie civile défend une victime et réclame une réparation, ce qui le distingue nettement de l'avocat général, qui représente la société et demande une peine
- Au pénal, le ministère public (procureur, substitut, avocat général) s'ajoute aux parties classiques pour défendre l'intérêt général, ce qui n'existe pas dans tous les procès civils
- Le cinéma simplifie souvent ces rôles pour rendre une scène de procès lisible en quelques minutes, au prix de quelques raccourcis sur qui parle, qui décide et qui tranche
Un procès réunit toujours au moins trois familles d'acteurs : des magistrats qui tranchent ou qui requièrent, des parties qui défendent leurs intérêts avec leurs avocats, et des auxiliaires de justice qui font fonctionner l'audience, du greffier à l'expert. Qui fait quoi dépend ensuite du type de procès : civil, pénal, devant une cour d'assises ou devant un tribunal judiciaire.
Les trois familles d'acteurs d'un procès
Le ministère de la Justice distingue, pour toute procédure, trois grandes familles d'acteurs qui interviennent devant un juge : les magistrats, les parties assistées de leurs avocats, et les auxiliaires de justice. Cette répartition vaut aussi bien pour un procès civil, entre deux particuliers ou deux entreprises, que pour un procès pénal, où la société elle-même devient partie au débat par l'intermédiaire du parquet.
Les magistrats se divisent en deux grandes catégories : les magistrats du siège, que l'on appelle couramment les juges, chargés de rendre une décision pour régler un litige ou juger un accusé, et les magistrats du parquet, chargés au contraire de réclamer l'application de la loi au nom de l'intérêt général. À côté d'eux siègent parfois des juges non professionnels, citoyens nommés, élus ou tirés au sort, qui participent eux aussi à rendre la justice sans être magistrats de carrière.
Les parties, de leur côté, sont les personnes directement concernées par le litige : le demandeur et le défendeur au civil, le prévenu ou l'accusé et, souvent, la victime constituée partie civile au pénal. Chacune peut se faire assister ou représenter par un avocat, et la loi impose même cette représentation dans de nombreuses affaires selon la matière et l'enjeu du dossier.
Enfin, les auxiliaires de justice regroupent des professionnels qui ne décident rien eux-mêmes mais rendent le procès possible : le greffier qui authentifie les actes, l'expert judiciaire qui éclaire le juge sur un point technique, le commissaire de justice qui signifie les décisions, ou encore le conciliateur et le médiateur qui tentent de régler un litige sans aller jusqu'au jugement.
Quel est le rôle du juge devant lequel se déroule le procès ?
Le rôle du juge, ou magistrat du siège, consiste à rendre une décision de justice pour régler un conflit ou pour juger les auteurs d'infractions. Il ne choisit pas d'agir de sa propre initiative : il doit avoir été saisi par une partie, et sa mission est alors de trancher le litige qui lui est soumis, pas d'enquêter à la place de la police ou du parquet.
Devant un tribunal judiciaire, le procès civil se déroule en trois temps : l'instruction, les débats, puis le jugement. Pendant la phase d'instruction, un juge de la mise en état vérifie que les parties échangent bien leurs pièces et leurs arguments, et peut sanctionner celle qui tarde ou qui ne communique pas ses éléments. Une fois le dossier complet, il clôture l'instruction et fixe la date de l'audience de plaidoirie : après cette clôture, aucune pièce ni aucun argument nouveau ne peut plus être ajouté.
Lors des débats, le juge écoute les parties, qui s'expriment dans un ordre précis : l'avocat du demandeur plaide en premier, puis l'avocat du défendeur. Dans certaines affaires, le ministère public intervient ensuite, quand la loi le prévoit ou quand l'ordre public est en cause. Le juge doit respecter à chaque étape le principe du contradictoire : il ne peut pas se fonder sur un argument qu'une partie n'a pas eu l'occasion de connaître et de discuter, et il ne peut pas lui-même en introduire un nouveau sans en informer les parties.
Le procès se termine par le jugement, rendu à l'issue d'un délibéré. Le juge y résume les faits, les demandes et les arguments avant de rendre sa décision, qu'il doit motiver : la loi lui impose d'expliquer les raisons qui l'ont conduit à juger dans un sens plutôt qu'un autre. Cette obligation de motivation, tout comme la publicité des débats, fait partie des garanties que le justiciable peut attendre d'un procès équitable.
Juge unique ou formation collégiale
Selon l'affaire et la juridiction, le juge peut statuer seul ou avec d'autres magistrats. Devant une cour d'assises, par exemple, des magistrats professionnels siègent aux côtés de jurés citoyens tirés au sort sur les listes électorales : cette composition mixte, propre à la matière criminelle, est détaillée dans notre article sur la cour d'assises, le jury et ce que les films en montrent.
Que fait le ministère public : procureur, substitut, avocat général ?
Dans chaque tribunal judiciaire, le parquet est dirigé par un procureur de la République, assisté de procureurs adjoints, de vice-procureurs et de substituts. Ce procureur représente le ministère public devant toutes les juridictions judiciaires et assure le respect de la loi pénale : il peut agir sur information de la police ou de la gendarmerie, sur signalement d'un service de l'État, ou à la suite d'une plainte.
Le substitut du procureur assiste le procureur de la République, qui lui délègue une partie de ses compétences. Il peut intervenir à toutes les étapes de la procédure pour défendre les intérêts de la société, supervise l'activité des officiers de police judiciaire et intervient en cas de faute dans leur travail. Au stade de l'instruction, il reçoit l'avis du procureur, contrôle le dossier, le met en état d'être jugé, puis rédige un réquisitoire, c'est-à-dire un document exposant les raisons de la culpabilité d'une personne. Après l'audience, il assure l'exécution de la décision de justice et peut encore se pourvoir en cassation.
Devant une cour d'appel, une cour d'assises ou la Cour de cassation, c'est le parquet dit général, dirigé par un procureur général et composé d'avocats généraux et de substituts généraux, qui intervient. L'avocat général n'est pas un avocat au sens courant du terme : c'est un magistrat, membre du ministère public, qui agit sous la direction du procureur général et représente la société en demandant l'application de la loi. Devant la cour d'appel ou la cour d'assises, il prononce un réquisitoire et demande une peine adaptée aux faits, ou parfois l'acquittement ; devant la Cour de cassation, il présente des conclusions sur des questions de droit.
Les magistrats du parquet sont soumis à un principe hiérarchique : ils reçoivent des instructions générales du ministre de la Justice, mais jamais dans le traitement d'un dossier précis. En audience, leur liberté de parole reste entière. L'appellation « parquet » viendrait du petit parc dans lequel se tenaient les procureurs du roi sous l'Ancien Régime, et le ministère public est parfois appelé « magistrature debout » car ses représentants parlent debout pendant les audiences, à la différence des juges du siège, assis.
Quel est le rôle de l'avocat de la partie civile ?
L'avocat défend, assiste et représente son client devant la justice. Quand ce client est une victime qui s'est constituée partie civile dans un procès pénal, ou un demandeur qui réclame réparation dans un procès civil, l'avocat porte un rôle précis : obtenir la reconnaissance du préjudice subi et la réparation la plus complète possible, par des dommages et intérêts.
Ce rôle se distingue nettement de celui de l'avocat général ou du procureur. L'avocat de la partie civile ne représente pas la société ni l'intérêt général : il représente une personne précise, la victime, et porte sa parole devant le tribunal. Il peut détailler les conséquences matérielles, physiques ou morales des faits, produire des pièces pour les étayer, et plaider pour que la décision finale en tienne compte. Dans un procès civil classique, entre un demandeur et un défendeur, c'est l'avocat du demandeur qui plaide en premier, suivi par celui du défendeur.
Au-delà de la plaidoirie, l'avocat peut aussi jouer un rôle de conseil et chercher une résolution amiable du litige avant même d'aller au procès. Lorsque les ressources de son client sont modestes, il peut l'orienter vers l'aide juridictionnelle, une prise en charge par l'État de tout ou partie des frais de justice, honoraires compris. Les frais de procédure restent en principe à la charge des parties, mais la partie gagnante peut demander à son adversaire le remboursement de ses frais, et la partie perdante peut être condamnée à les payer.
Pour aller plus loin sur l'exercice de cette profession au quotidien, en dehors de la fiction, notre article sur ce que gagnent réellement les avocats revient sur les réalités économiques du métier, loin des clichés que montrent certaines séries.
| Acteur | Rôle principal | Intervient surtout |
|---|---|---|
| Juge (magistrat du siège) | Tranche le litige, rend une décision motivée | Procès civil et procès pénal |
| Procureur de la République / substitut | Dirige ou supervise l'action pénale, requiert l'application de la loi | Procès pénal, parfois procès civil pour l'ordre public |
| Avocat général | Représente le ministère public en appel ou en cassation, demande une peine | Cour d'appel, cour d'assises, Cour de cassation |
| Avocat de la partie civile | Défend la victime, réclame réparation du préjudice | Procès pénal (partie civile) et procès civil (demandeur) |
| Avocat de la défense | Défend le prévenu, l'accusé ou le défendeur | Procès pénal et civil |
| Greffier | Authentifie les actes, tient le dossier et conserve la minute du jugement | Toutes les audiences |
| Juré d'assises / assesseur | Juge non professionnel associé à la décision | Cour d'assises, tribunal pour enfants, pôles sociaux |
| Expert judiciaire | Donne un avis technique au juge | Procès civil et pénal, selon la complexité du dossier |
Quel rôle jouent le greffier et les autres auxiliaires de justice ?
Le personnel de greffe se compose des directeurs des services de greffe, des greffiers, de secrétaires administratifs et d'adjoints administratifs. Les greffiers travaillent au côté des magistrats et contribuent au bon fonctionnement du service public de la justice : ils authentifient les actes de procédure, tiennent le dossier à jour et conservent la minute du jugement, c'est-à-dire l'original de la décision rendue.
D'autres professionnels interviennent sans être magistrats. L'expert judiciaire est un professionnel spécialisé qui donne son avis au juge sur un aspect technique du dossier, par exemple médical, comptable ou architectural, lorsque le litige l'exige. Le conciliateur de justice est un bénévole qui intervient pour faciliter le règlement amiable des litiges du quotidien, avant même qu'un procès ne soit nécessaire. Le médiateur joue un rôle voisin, en aidant les parties à trouver elles-mêmes une solution à leur différend.
Enfin, l'avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation, aussi appelé avocat aux Conseils, conseille et défend ses clients lorsqu'ils estiment qu'une décision de justice est contraire à la loi et doit être contestée devant les plus hautes juridictions. Ce n'est qu'une des nombreuses spécialités que peut revêtir la profession d'avocat selon le type de contentieux.
Qui sont les juges non professionnels qui participent aussi au jugement ?
Tous ceux qui participent à rendre la justice ne sont pas des magistrats de carrière. Les juges non professionnels sont des citoyens nommés ou élus qui participent eux aussi à l'application de la loi, aux côtés des magistrats ou en formation séparée selon la matière.
Le juré d'assises en est l'exemple le plus connu : c'est un citoyen tiré au sort pour participer à un procès pénal, qui exerce la fonction de juge aux côtés de magistrats professionnels. Devant une cour d'assises en première instance, trois magistrats professionnels, dont un président et deux assesseurs, siègent avec six jurés tirés au sort sur les listes électorales ; en appel, le nombre de jurés passe à neuf. Pour les crimes punis de 15 à 20 ans de réclusion, une cour criminelle départementale, composée uniquement de juges professionnels, peut également être compétente.
D'autres juges non professionnels existent en dehors de la matière criminelle : le juge consulaire au tribunal de commerce, qui tranche les litiges entre entreprises ; le conseiller prud'homme, qui règle les différends entre salarié et employeur ; l'assesseur du tribunal pour enfants, un citoyen volontaire qui assiste le juge pour enfants et participe au jugement des mineurs en conflit avec la loi ; ou l'assesseur des pôles sociaux, qui assiste le juge pour les litiges entre organismes de sécurité sociale et particuliers.
Ces juges non professionnels n'agissent pas seuls : ils siègent aux côtés de magistrats professionnels et participent à une décision collégiale, ce qui garantit à la fois la compétence technique et une forme de regard citoyen sur le jugement rendu.
Qui intervient dans un procès : les différences entre civil et pénal
Qui intervient dans un procès dépend d'abord de sa nature. Dans un procès civil, les acteurs sont essentiellement les parties, le demandeur et le défendeur, leurs avocats, et un juge chargé de trancher le litige. Le ministère public n'intervient que dans certaines matières, lorsque la loi le prévoit ou pour défendre l'ordre public, par exemple dans des affaires familiales sensibles ou certaines procédures commerciales.
Dans un procès pénal, le ministère public devient un acteur central, puisque c'est lui qui conduit l'action publique au nom de la société, même lorsque la victime ne porte pas plainte ou renonce à se constituer partie civile. Le prévenu ou l'accusé fait face non seulement à la victime éventuelle, mais aussi au procureur ou à l'avocat général, qui réclament l'application de la loi indépendamment des intérêts particuliers en cause.
Dans les deux cas, le principe du contradictoire s'applique de la même manière qu'au civil : chacun doit avoir été entendu ou appelé avant d'être jugé, et doit avoir pu prendre connaissance à l'avance des pièces et arguments avancés contre lui.
Le fonctionnement de la justice française repose par ailleurs sur trois grands principes : l'indépendance des magistrats, qui leur permet de juger à l'abri de toute instruction ou pression ; la gratuité, puisque le justiciable ne paie pas pour qu'un juge examine son dossier, même s'il doit assumer certains frais de procédure et les honoraires de son avocat ; et la publicité des débats, sauf exceptions notamment pour les mineurs. Les journalistes ont ainsi un libre accès aux salles d'audience, mais ne peuvent pas enregistrer les débats sans autorisation spéciale, une règle que détaille notre article sur le cadre légal pour filmer un procès en France.
Ce que le cinéma simplifie dans la répartition des rôles
Une scène de procès au cinéma dure rarement plus de quelques minutes, alors qu'une audience réelle peut s'étendre sur une journée entière, voire plusieurs. Pour tenir ce format court, les scénarios condensent souvent les rôles : un même avocat semble parfois cumuler la plaidoirie, l'interrogatoire des témoins et des répliques qui, dans la réalité, seraient réparties entre plusieurs intervenants, ou prononcées à des moments différents du déroulement de l'audience.
La confusion la plus fréquente touche le ministère public. Beaucoup de films et de séries assimilent l'avocat général ou le procureur à un simple adversaire de la défense, un rôle dramatique pratique, alors qu'il s'agit d'un magistrat chargé de représenter la société et de requérir l'application de la loi, et non d'un avocat engagé pour une partie privée. Cette nuance, pourtant centrale pour comprendre qui décide quoi dans un procès, disparaît souvent au profit d'un simple duel entre deux camps.
La place du juge est elle aussi parfois réduite à celle d'un arbitre silencieux qui n'intervient qu'au moment du verdict, alors que son rôle réel inclut la direction des débats, le contrôle du respect du contradictoire et l'obligation de motiver sa décision. À l'inverse, certains films donnent un relief dramatique fort aux jurés ou aux témoins, ce qui correspond davantage à la réalité d'un procès devant une cour d'assises, où leur intervention pèse effectivement sur l'issue du jugement. Notre page sur les films et séries qui mettent en scène la justice rassemble plusieurs analyses, procès par procès, de ce que chaque œuvre retient ou déforme de ces rôles.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un juge et un procureur ?
Le juge, ou magistrat du siège, tranche un litige et rend une décision motivée. Le procureur, magistrat du parquet, ne juge pas : il réclame l'application de la loi au nom de la société et conduit l'action pénale.
L'avocat général est-il un avocat ?
Non. Malgré son nom, l'avocat général est un magistrat, membre du ministère public, qui représente la société devant la cour d'appel, la cour d'assises ou la Cour de cassation, et non un avocat choisi par une partie privée.
Qui peut assister une victime au procès ?
Une victime qui se constitue partie civile peut se faire assister par un avocat, qui défend ses intérêts, réclame la réparation de son préjudice et peut l'orienter vers l'aide juridictionnelle si ses ressources sont modestes.
Le greffier a-t-il un pouvoir de décision ?
Non. Le greffier ne tranche rien : il authentifie les actes de procédure, tient le dossier et conserve la minute du jugement, aux côtés du magistrat qui, lui, rend la décision.
Qui sont les jurés d'un procès d'assises ?
Ce sont des citoyens tirés au sort sur les listes électorales. En première instance, ils siègent aux côtés de magistrats professionnels ; en appel, leur nombre augmente, mais ils restent associés à des juges de carrière.
Le ministère public intervient-il dans tous les procès civils ?
Non. Au civil, le ministère public n'intervient que dans certaines matières, lorsque la loi le prévoit ou pour défendre l'ordre public ; dans la plupart des litiges civils, le procès se déroule entre les parties et leurs avocats devant le juge.
Comprendre qui joue quel rôle dans un procès aide aussi à regarder une scène de tribunal filmée avec un œil plus exigeant : repérer qui tranche, qui requiert, qui défend, c'est souvent la meilleure façon de distinguer un film qui a pris la peine de documenter son sujet d'un film qui a seulement cherché l'effet dramatique.
Sources
Tous nos dossiers sur le droit, la justice et le cinéma sont réunis sur la page d'accueil.

Lucie Varambon, rédactrice en chef. Cinéphile et passionnée de justice, elle a animé pendant des années des ciné-débats sur le procès pénal. Chaque article est vérifié sur les textes officiels.






